lundi 29 janvier 2007

Zip


C’était une belle cabane.
C’était simple, d’une extrême simplicité, mais c’était le bonheur.
Nous avons vu des années durant les mêmes visages, les mêmes existences se mêler les unes aux autres, toujours dans la même allégresse. Nos parents se retrouvaient, ils discutaient tout l’été, sans jamais s’essouffler, avec une passion qui ne s’emmiettait jamais. Je crois que nous nous étonnions parfois de les voir si heureux sans raison apparente, aujourd’hui nous avons tous compris. Le soir, parfois la fête continuait, nous dinions au bar, à trente, cinquante parfois, une immense paëlla, des lumières orangers et une chaleur insoutenable. Puis ils chantaient, je me souviens d’Hasta Siempre, du patron et son frère à la guitare, c’était toute l’Espagne profonde qui renaîssait de ses cendres, plus noir encore que Guernica et plus rouge qu’un tableau de Goya, c’était tout le volcanisme des après midis lourdes de Séville et des nuits qui ne s’arrêtent qu’au petit matin, il y avait le gris alentours, et chez nous, le charbon ardent, la petite flamme qui persiste.
Nous rentrions les joues rouges, endormis dans les bras de nos parents enivrés par la bière espagnole et le bonheur.
Ceux qui l’ont vécu s’en souviennent, tous s’accordent à dire que ces instants relevaient de la magie, que nul par ailleurs on ne vivait si bien.

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