vendredi 4 mai 2007

Eat & Slim

Marie_

Je suis une pute. Quand je me regarde, je ne pense qu’à ça.
“Regarde tes seins refaits. Ton cul refait. Pute.”
Je me répulse. Les autres n’y croient pas, c’est surement le pire.
24 heures dans la vie d'une pute. Les filles comme moi fascinent le monde entier. Pourquoi on est toujours à poil, comment on a jamais honte. Et est-ce qu'on est heureuses comme ça. Et pourquoi on continue. Je ne vous le dirai pas. Je suis un mythe après tout.
Comment je pourrais en être fière. En fait, c’est simplement leur dernier garde fou avant de se regarder dans la glace en se gerbant dessus tellement ils sont deguelasses, de baiser une gamine de dix-huit ans aux seins aussi énormes que quinze paires de couilles côte à côte qui prétend aimer se faire tirer tous les soirs par tous les plus gros crevards de Marseille.
Mais je dois continuer. Je ne peux plus exister autrement. Le reste, la mie, personne n’y touche. Et heureusement, sinon je serai morte. C’est mon garde fou à moi ça. Les dernières forces pour rester en vie, pour combattre, pour croire encore qu’un jour on aimera me parler.
Le pire, c’est que parfois, j’y crois pour de vrai. Il m’arrive de rencontrer des garçons, de mon âge, ou beaucoup plus vieux, qui ne me regarde presque pas, et qui carressent mes mains et qui me parlent de leurs peines et alors je me met à les aimer, à les aimer désespérement, puis à faire l’amour comme un don, une promesse d’amour merveilleuse qui me délivrera, juste après, quand essouflés, ils me prendront dans leurs bras pour demander un dernier baiser avant le lendemain, puis un dernier, puis un dernier. Mais ils ne demandent rien. Ils se lèvent, vont jeter leur capote, et se tirent fumer une clope près de l’ordinateur.
Et je ne peux pas les détester. J’aime ces hommes, j’aime leur force, leur toute puissance. Et j’aime ma faiblesse. J’aime qu’ils me dominent, j’aime qu’ils me torturent, j’aime la terre. Le sol, la merde.

(2007)




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