
La coke, on ne l’oublie jamais. En tout cas, on oublie jamais ses mauvais cotés. Je rencontre énormément de difficultés pour me souvenir d’un rail de coke planant, de l’instant T, de la satiété qu’elle provoque. Pourtant, je me souviens avec précision de tous ces matins cardiaques, ces nuits dans les toilettes, ce goût acre au fond de la gorge qui ne vous quitte jamais. Je ne supporte les départs. Une personne qui quitte une pièce, c’est encore un massacre. J’en tremble encore, je transpire systématiquement. C’est quelque chose qui me dérangeait énormement à l’époque, j’avais l’impression que tout mon cadre en était bouleversé. Je me souviens avec dégout de ces rails pris à même le sol, de mes mains fébriles, de mon corps qui ne supporte rien, de mes semaines sans rien manger, de l’émoi pitoyable que je ressentais en ouvrant un sachet neuf. Et le pire, l’impression de ne plus jamais voir le jour. En hiver, si vous vous levez à dix sept heures, vous ne voyez pas le jour. Si vous vous levez à dix sept heures pendant une semaine, vous perdez vite tout espoir de le revoir un jour. On se levait bien plus tard. Tout ça est encore présent en moi. Pour toujours surement.

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