Eva_
Je me suis trompée.
Je pensais qu’on ne se trompait plus à vingt ans. Vingt ans, si on calcule, huit ans de flirts, quatre de baise, le triple de partenaires, on multiplie tout ça par dix, ca donne un nombre approximatifs de garçons qui ont compté plus de trentre secondes pour une raison ou pour une autre, que j’ai déjà embrassé ou que j’ai déjà rêvé d’embrasser.
Autant de temps passé à réfléchir, à se poser des questions, à vouloir détourner l’amour, le contourner, le contrôler, surtout. Ca ne marche pas, ça, je le sais. Mais ça se travaille. Plus on grandit, et plus on se méfie, on prend du temps, on recherche de la vérité partout comme si elle allait nous sauver du suicide. On ne couche plus avec n’importe qui à vingt ans. On sait ce qu’on vaut, on ne prend plus de risques. C’est surtout qu’on les connait trop pour ne pas en tenir compte. Et bien là, pour une fois, pour voir, j’ai pris des risques.
J’ai baissé ma garde. Une semaine, un jour.
Et je me suis faite baisée comme une débutante.
Comme une pucelle qui a peur, qui ignore tout des hommes et qui n’a qu’un coeur pour vivre. Les hommes mentent, mais les femmes les écoutent mentir. C’est bien fait. Elles n’ont qu’à être moins connes. A. puait le vice et le mensonge. Je l’ai toujours su.
Je l’ai toujours su et quand il m’a dit que c’était faux je l’ai cru. Comme ça, en deux secondes, il était Dieu. J’avais surement envie de le croire, parce qu’il était beau et qu’il parlait d’une voix sublime et qu’il souriait et qu’il était intelligent et qu’un homme intelligent qui sourit avec cette voix vous fera croire n’importe quoi, pas la peine de se débattre.
Alors j’ai cru à sa pureté. Le grand complot contre le pauvre petit A. qui n’a jamais fait de mal à personne et qui ne se drogue pas et qui veut juste pouvoir s’acheter un appartement. Tellement touchant. J’ai failli pleurer.
Connard de menteur. Connard de drogué. Connard d’obsédé.
Maintenant je suis comme une conne, je ne peux pas faire un pas dans la rue sans penser à lui et à sa voix de débile mental, à ses yeux d’archange qui frôlent l’infini. Tout ressemble à A, des vélos, des chiffres, des maisons, des couleurs, des notes de musiques, des chiens, des putes, des hopitaux. Il est plus fort que Jésus.
Il ne m’a jamais rappelé. Et il a raison. J’aurai fait pareil, sans la moindre scrupule. Maintenant il doit bien se marrer, tout seul dans son appartement minable ou tout s’envole. Tu es aérien, je me répète ça toute la journée. Tu es aérien. Tout de suite il s’envole aussi, il est plus intouchable que l’air, plus vital que l’air. L’imaginer rire, pour l’instant ça me suffit. Parce que ça ne va pas durer. Je ne l’aime plus. Il n’est pas aérien puisqu’il couche avec des tonnes de filles plus que terrestres, des putes de troisième classe qui me donnent la nausée, des idiotes vulgaires et vulgarisantes. Elles me donnent envie de vomir. Je vaux mieux que ça.. A. me fait penser à tous ces mongoliens profonds qui se font appeler artistes parce qu’il ont pris une photo d’une japonaise en minijupe en latex rouge sur des morceaux de viande. On lui donne du feu il prend les cendres. Crétin.
Et il ne m’appelle toujours pas.
(2006)
(Xavier et Caroline, 2005.)

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