vendredi 4 mai 2007

Un Grand Jardin Avec Piscine (BETA)

UN GRAND JARDIN AVEC PISCINE



Lie
Dairy
Adovk
Sicke
Dionosie


Acte 1, Scène 1.

Un grand jardin avec piscine. Un four chauffe et Sicke court autour dans un mouvement circulaire répétitif. Dairy et Lie lisent chacun une revue sur des chaises proches du four.

Sicke : We’ll all dicke, we’ll all dicke, we’ll all dicke.

Dairy : Mais il ne va jamais s’arrêter!

Lie : Nous pouvons l’ignorer.

Sicke : We’ll all dicke, we’ll all dicke.

Dairy : Il continue.

Lie : Mais il s’épuisera.

Dairy : Et il se taira alors?

Lie : Nous ne l’entendrons plus.

Dairy : Personne ne l’entend.

Lie : La torture des hommes est sans fin.

Dairy : Sicke ne souffre pas.

Lie : Sicke n’est plus un homme, il balbutie toute la journée.

(Sicke s’arrache un cheveu, qu’il jette dans le feu en le regardant brûler)

Sicke : Dead. Dead. Dead. Dicke!

Dairy : Il ne s’arrêtera donc jamais!

Lie : Ne l’écoute pas. Les cris sont invisibles.

(Lie frappe gentiment Sicke sur la tête, qui reprend sa course autour du four).

Dairy : Mon amour?

Lie : Oui?

Dairy : Te souviens-tu de notre départ pour l’Amérique?

Lie : Nous étions encore vivants?

Dairy : Plus que jamais!

Lie : Oui alors.

Dairy : Nous écoutions cette vieille musique que j’avais jouée à Paris.

Lie : It’s never gonna be Paris anymore.

Dairy : Je t’avais dit cela?

Lie : Oui. (pause). Mais c’était déjà Paris pour toujours.

Dairy : Pardon, je t’ai fait du mal.

Lie : Tu ne m’as jamais fais de mal.

Dairy : Tu as souvent pleuré.

Lie : Tu l’as cherché.

Dairy : J’ai eu peur de pleurer aussi.

Lie : Mais tu n’as pas pleuré. Moi oui.

Dairy : Moi j’ai été fort. Tu es plus faible que les brindilles du bois. Tu passes ta vie à t’effondrer.

Lie : Asshole.

Dairy : Tu dis simplement ça car je dis vrai.

Lie : Tu dis ce qui t’arranges.

Sicke : We’ll all dicke.

Lie : La ferme!

Dairy : Tu t’énerves pour si peu.

Lie : Le monde m’énerve. Ça n’est pas peu.

Dairy : Tu t’énerves plus qu’il n’est plein, dans ce cas.

Lie : Tu as réponse à tout.

Dairy : Parce que tes questions les appellent.

Sicke : I’m Sicke.

Dairy : Did he say I’m sick?

Lie: Non. Il a dit I’m Sicke.

Sicke : Sicke!

Dairy : Sicke est peut-être malade.

Lie : Il ne l’est pas plus que moi.

Dairy : Ca ne veut pas dire qu’il ne l’est pas!

Lie : Tu insinues que je suis égoïste. Sicke lui ne connaît rien au monde. Il est né avec son chapeau sur la tête. Il a gardé ce chapeau toute sa vie, tout se résume à trente centimètres de tissu pour Sicke…et tu voudrais me faire pleurer? La misère du monde est si loin, Dairy…

Dairy : Elle est toute entière dans tes yeux.

Lie : Mes yeux sont pleins de toi, ils ne voient plus rien.

Dairy : Et je te rends triste?

Lie : Oui.

Dairy : Tu es une pleurnicharde.

Lie : Et toi un monstre.

Sicke : Sicke. Sicke. We’ll all die.

Dairy : Bon Sang! Il est agaçant!

Lie : Il sait quand il doit parler.

Dairy : C’est inutile s’il répète toujours les mêmes bêtises.

Lie : Tu commets bien les mêmes erreurs, laisse le parler.

Dairy: Ca a le mérite d’être dit.

(Dairy se lève, va se servir un cocktail au bar et en apporte un pour Lie, qui le regarde avec mépris avant de le lui jeter à la figure.)

Dairy : Tu ne changeras donc jamais.

Lie : Je te déteste. Tu veux toujours me faire boire.

Dairy : Tu m’ennuies moins quand tu as bu.

Lie : Parce que j’oublie l’Amérique.

Dairy : Tu étais une reine là-bas.

Lie : Je le suis toujours.

Dairy : Pas pour moi!

Lie : Je t’aimerai toute ma vie.

Dairy : Je le sais, petite fille.

Lie : Tu m’appelais comme ça avant…

Dairy : Tu étais jeune.

Lie : Et toi affreux.

Dairy : J’étais heureux avec toi.

Lie : Moi non, tu m’ignorais toujours.

Dairy : J’ai été malheureux le jour où je t’ai vraiment regardé.

Lie : Moi aussi, mais c’était avant toi, j’ai été malheureuse plus longtemps.

Dairy : Tu portes le malheur dans tes yeux, je te l’ai déjà dis.

Lie : Tu ne les regardes jamais.

Dairy : Je t’aurai trop aimé, tu le sais.

Sicke : We’ll all die. I’m Sicke, take me home.

Dairy : Voilà qu’il change maintenant!

Lie : Il sait pourquoi. (pause). Sicke, tu sais pourquoi, n’est-ce pas?
(Sicke s’arrête brusquement de tourner, il fixe Lie avec insistance et dévotion.)

Sicke : No. No. No. Never.

Lie : Sicke, ne fais pas l’enfant.

Sicke : Take me home.

Lie : This is your home.

Sicke : This is HELL.

Lie : This is home.

Dairy : Il souffre peut-être.

Lie : Peu importe, il ne vivra plus beaucoup.


Acte 1, scène 2

(Lie et Dairy sont dans un salon très moderne. Lie porte des lunettes de vue, Dairy est nu dans sur un fauteuil type Louis XV.)

Lie : Donne moi ce fauteuil.

Dairy : Il ne te ressemble pas.

Lie : Tu plaisantes!

Dairy : Je ne plaisante jamais.

Lie : Tu devrais.

Dairy : Je n’ai pas le temps.

Lie : Nous avons l’éternité. Donne-moi ce fauteuil.

Dairy : Tu attends des visites?

Lie : Je porte des lunettes.

Dairy : Quelle est la différence?

Lie : Le problème, pas la différence.

Dairy : Cela va sans dire.

Lie : alors dis le correctement.

Dairy : Sicke ne le fait pas.

Lie : Tu n’es pas Sicke, Dieu soit loué.

Dairy : Tu aimes ce garçon plus que moi.

Lie : Il est transsexuel.

Dairy : Tu ne l’aimes pas pour ça. Tu ne rêves plus depuis longtemps.

Lie : Depuis toi.

Diary : J’aimerais te quitter Lie.
Lie : J’en mourrais.

Diary : Tu ne mourras de rien.

Lie : Tu m’as tuée avant l’Amérique.

Diary : Cesse de parler de l’Amérique. C’était une autre vie.

Lie : c’était la vie qui avait un sens.

Diary : Elle n’avait aucun sens.

Lie : Nous aimions cette vieille voiture. Il y avait des paysages plein d’espace.

Diary : Tu en demande trop, l’espace devrait être infini avec toi!

Lie : Ca n’est pas trop. Je ne veux pas me contenter d’étroitures, et d’une vie si
loin de l’Amérique, et de toi qui est si petit. Je refuse. Je te refuse et je refuse le monde.

Dairy : Tu parles comme dans les livres.

Lie : Partons. Il y d’autres Amérique ou nous pouvons être jeunes pour toujours.

Dairy : J’ai trente-cinq ans.

Lie : Et moi vingt-cinq.

Dairy : Pars seule.

Lie : Seule je ne vivrais pas. Tu sais tout cela…tu sais toujours tout et tu continues à rester alors que je souhaite ta mort depuis le jour où tu m’as embrassé. Tu es plein de venin. Voilà pourquoi Sicke est toujours agité quand tu es là. Il sent ton venin, il le craint comme la peste que tu es.

Dairy : Mon amour…

Lie : Je ne suis ni amour ni paix. Je pense toujours à ton venin, il vient m’encercler comme une fumée d’encens dans tous mes rêves, ce venin qui est tien des racines à la moelle, ce venin sans lequel tu n’es que cendres…

Dairy : tu es dure avec moi.

Lie : tu ne l’es plus avec moi.

Dairy : (amusé) A quoi bon?! Tu resteras quand même!

Lie : Ta suffisance…
(Pause. Dairy ôte les lunettes de Lie et la regarde en souriant. Lie le repousse.)

Dairy : Comment veux-tu que je t’aime si tu me repousses toujours!

Lie : (en colère) J’y arrive bien moi!

Dairy : Toi, toi, toi. Le monde porte ton nom.

Lie : Le monde est un mensonge. Tu es un mensonge.

Dairy : Et toi tu es la vérité. Je t’aime que pour ça: parce que tu es la vérité, que tu la porte en bandoulière comme ton enfant, et comme moi je porte le venin.

Lie : En Amérique tu étais la vérité toi aussi.

Dairy : Tu changes toujours d’avis, tu es comme la vérité.

Lie : Tu n’interdis pas au monde de changer.

Dairy : Je ne te l’interdis pas non plus. Mais tu es pleine de vent.

Lie : Je ne bougerais pas d’ici pourtant.

Dairy : Je n’ai pas dis que tu étais le vent.

Lie : Tu le penses.

Dairy : Tu es prétentieuse.

Lie : Parce que je t’ai près de moi. Tu ne serais pas là si je n’étais ni vent ni vérité.

Dairy : Je suis là parce que tu m’aimes et que tu es belle.

Lie : Mais je suis aveugle.

Dairy : Pas pour de vrai, petite fille.

Lie : Et si je l’étais?

Dairy : Alors je partirais.

Lie : Tu ne m’aimes pas.

Dairy : Pas autant que toi.

Lie : C’est injuste.

Dairy: Tu n’es pas juste non plus, arrête de te plaindre.
(Lie replace ses lunettes et reprend sa lecture.)

Dairy : Petite fille.
(Lie l’ignore, elle semble plongée dans sa lecture. Dairy quitte la pièce.)

Lie : Un, deux, trois, évangélique et triste, le cheval brun quitte les tréfonds pour la plaine. Un deux trois, partisans du mal et archevêque des larmes. Un, deux, trois, médaille en papier, ustensiles de cuisines.
(Sicke entre en titubant).

Lie : (furieuse) SICKE!!!!


Acte 1, scène 3


(Lie et Sicke sont assis dans un boudoir face à face. Sicke est tête baissée, Lie en tenue légère, une cigarette dans son fume cigarette dans la main droite.)

Lie : You have to stop drinking. It makes me sick.

Sicke : I have to stop drinking. It makes me Sicke.

Lie : Don’t molest me Sicke.

Sicke : Don’t molest me Sicke.

Lie : Is this what is gonna be like?

Sicke : Belike. Belike.

Lie : You know I didn’t mean to say belike. You seem to think it’s funny not to respond. This is definitely not funny. Stop drinking.You are full of shit.

Sicke : I love you Lie.

Lie : I love you too. But you are stupid.

Sicke : Spastic.

Lie : Stop saying Spastic.

Sicke : Spastic.
(Sicke se met à répéter “Spastic” en hurlant dans la pièce avant de s’enfuir en courant, se tapant les mains sur la tête. Entre Doinosie.)

Dionosie : Quel vacarme!
(Lie tire nerveusement sur son fume cigarette, puis y replace des cigarettes machinalement durant toute la conversation.)

Lie : Bonsoir.

Doinosie : Tu ne dors pas?

Lie : J’essaye de résonner Sicke, je ne dors jamais quand il est là.

Dionosie : Mais Sicke est moins fou que toi.

Lie : Voilà pourquoi je ne dors pas. Son bon sens me consterne.

Dionosie : Tu ne peux pas rire toujours des mêmes choses.

Lie : J’apprends à le faire. Je ne parle pas de rire.

Dionosie : Moi si, cela n’est pas insensé pour autant.

Lie : Ah! Tu es venu me fatiguer?

Dionosie : Je ne me permettrais pas.

Lie : Tu n’as rien à te permettre. Tu es un moins que rien. Tes organes sont tous rongés.

Dionosie : Je le sais. J’ai apporté du cognac.
Lie : Je le boirais. Tu peux partir.

Dionosie : Tu es cruelle.

Lie : Je suis juste.

Dionosie : Tu es justement cruelle, alors. Au revoir.

Lie : Imbécile.

(Dionosie quitte la pièce, Lie aspire une dernière bouffée en ouvrant la bouteille de Cognac.)


Acte 1, Scène 4

(Dairy entre dans le boudoir, furieux. Lie allume une nouvelle cigarette et prend une pose lascive sur le divan.)

Dairy : Tu as encore malmené ce pauvre Dionisie!

Lie : Va! Il se malmène bien assez lui seul! (ouvrant la bouteille). Il a apporté ça, buvons le, qu’il ne reste pas une trace de ce malpropre dans cette pièce.

Dairy : Sers moi.

Lie (jetant un verre sur le visage de Dairy) : Jamais!

Dairy : Je me servirais moi-même.

Lie : Tu ne fais que ça, te servir seul, me tourmenter tous les jours davantage. Je suis enfermée dans cette bouteille, pleine d’alcool, pleine d’amertume, opaque et imbuvable, et tu te sers tous les jours comme un assoiffé pour me vider, mais je me remplis sans cesse Dairy, tu ne videras rien. Tu vas me boire jusqu’à l’ivresse. Tu vas boire jusqu’à la mort. Par négligence j’oublierai de remplir la bouteille et je m’assècherai.

Dairy : Alors j’aurai gagné!

Lie : Ivrogne.

Dairy : Ivre de toi.
(Lie esquisse une grimace en buvant le cognac. Ils se regardent l’un l’autre sans rien dire pendant quelques secondes, en buvant leurs verres et en tirant sur leurs cigarettes.)

Lie : que serait-il arrivé si nous nous étions aimé?

Dairy : Ce qui arrive maintenant puisque nous nous aimons.

Lie : Je ne t’aime pas moi.

Dairy : Tu serais morte si tu ne m’aimais pas.

Lie : Je suis déjà morte, pourtant je ne t’aime pas.

Dairy : Alors, va, meurt, ne m’aime pas, aime-moi, fais ce qu’il te plairait. En quoi cela m’importerait-il puisque tu ne cesse de tourner comme un manège! Tu cours toute la journée après des idioties, après les petits chevaux immobiles qui tournent et plus rien n’a de sens. Tu as gagné, je ne t’aime pas. Mais tu ne seras jamais quelqu’un pour personne Lie. Pour ça il faut exister. Et toi tu n’existes pas puisque tu as toujours mal à la tête où quelque part et ça te fait dire des bêtises, et alors tu penses toujours le contraire de ce que tu affirmais plus tôt, et alors tu décides de courir après les manèges. Mais eux ne pourront jamais s’arrêter, toi tu vas mourir en les suivant, eux continueront.

Lie : C’est juste.

Dairy : Evidemment.

Lie : Tu ne me fais plus l’amour. Même les idiotes font l’amour.

Dairy : Tu n’es pas idiote. Je fais l’amour à Marietta tous les jours.

Lie : Encore!

Dairy : Marietta ne court après rien.

Lie : Après ton foutre!

Dairy : Tu es vulgaire.

Lie : C’est comme ça qu’est Marietta. Un corps plein de promesses et des yeux avides de foutre.

Dairy : Ton corps aussi est plein de promesses Lie.

Lie : Mais les promesses se perdent dans les lymbes. Sors d’ici, je suis ivre.

Dairy : J’ai payé pour ce boudoir.

Lie : Et moi payé de mes tripes la présence de Dionosie en ces lieux. Laisse le cognac et sors.

Dairy : Tu es ma femme, je te commande.

Lie : Alors sors là.

Dairy : Quoi?

Lie : (avec insistance) Sors là.

Dairy : (étonné) Quoi??

Lie : Tu es trop vieux pour moi.

Dairy : (imperturbable) De quoi parlais-tu?

Lie : Appelle Sicke et vérifie qu’il ne soit plus ivre. Sors maintenant, j’aimerais boire.

(Dairy sort, on entend les cris de Sicke au loin. Lie allume une nouvelle cigarette, se farde le visage, touche chacun des objets présents dans le boudoir comme si elle recherchait quelque chose, enfin elle se sert un verre de cognac.)



Acte 1, scène 5


(Sicke pousse la porte accompagné de Dairy et Dionosie)

Lie (furieuse) : A quoi cela rime-t-il? Dionosie, sors d’ici!

Dionosie : Je suis ici car Dairy me l’a commandé.

Lie : Dairy ne commande rien.

Dairy : (léger sourire) Je contrôle ton coeur petite fille, voilà la clé!

Lie : Enfoiré.

Dairy : (sourire appuyé) Ta haine est celle des faibles qui quémandent du pain sans qu’on leur donne.

Lie : (pleine de rage) Mon pain crisse sous mes dents et bientôt il te réveillera la nuit.

Dairy : (hilare) Pas cette nuit, ne t’en fais pas!

Sicke : We’ll all dicke. I’m Sicke.

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