In my life I love you more
Je suis triste. Je suis fatiguée, je ne sens plus mon cerveau. Le
matin le vide. Le vide autour de moi, le vide dans la chambre qui
appelle en silence. Le vide dans le ciel à l'horizon, des nuages épars
qui traînent. Et le vide dans ma vie. Le vide qui m'envahit comme des
cerbères tous les matins de toute la vie.
Le vide qui englobe la désobéissance et qui met des xanax dans mon jus d'orange.
L'après midi apprendre. Les couloirs, le marbre, les fresques aux murs
sont gigantesques et sans vie. Il n'y a que la mort ici. Tout le monde
a renoncé. La vie sera courte, et sans lutte.
Alors le soir la lutte. L'alcool. Je bois sans compter. La drogue. Le
sexe. Tout en même temps.Je baise droguée aux acides mon verre posé sur
ma table de nuit. La table; ce ne sont jamais les miennes. (...) Si je
vomis je rebois encore plus après. Sije n'ai rien à boire je mange et
je me fais vomir. Je snife du xanax, j'inhale la vodka, je me coupe
partout avec du verre pour voir du sang. Pas besoin de neige. De toute
façon il n'y en a plus.
Le soir de son suicide Nerval a laissé ceci pour sa tante : 'Ne m'attends pas ce soir car la nuit sera noire et blanche'.
Le soir les fauves. Les hommes qui suintent le sexe sales et les putes
à coke qui nous ressemblent presque. L'odeur de jungle même en
altitude, et qui me donne la nausée quand je jour se lève et que je
suis seule.
Je ne veux pas que tu prononces mon nom.
La nuit la transe. Le sang, le sperme et les bleus. Des bouts de verre
dans les artères que je retire le lendemain matin. Les genoux écorchés
au goudron d'avoir trop rampé. Si je restais à terre une bonne fois
pour toute je ne souffrirais plus parce que je n'aurais plus d'espoir.
L'espoir c'est le garde fou des faibles pour qu'il restent sur terre à
relever les plus forts. Mais ils savent bien qu'il n'y a plus de
lumière au bout du tunnel.
Le tropique du cancer peint mes veines en noir.
La nuit la beauté. Paris ne vit pas le jour. Le jour elle est impatiente. Paris la nuit ressemble à un morceau de Chromatics angoissé par sa grandeur.
C'est une cage d'orfèvre où les lumières se jettent sur les ponts comme
des sabres lasers, et s'endorment dans des ruelles à Montmartre ou la
vie n'a plus ni temps, ni consistance, ni idéal supérieur à l'union de
cette lumière sur le trottoir, d'une beauté bouleversante.
Les taxis dévalent les Champs Elysées, et il y a des junkies à la
sortie du Rex mais un jour je suis allée du Faubourg Saint Martin au
rex en sniffant de la coke sur les poubelles sans tuer personne alors
quand j'ai peur des autres je pense à moi ce soir là et je n'ai plus
peur.
Le 16ème arrondissement est éteint depuis longtemps mais il y a des
fantomes dans tous les immeubles et des gens heureux qui font semlant de
ne pas l'être, et qui font cliqueter délicatement des coupes de
champagne avec du whisky dedans parce qu'il n'y a plus de champagne.
Alors ils rajoutent du prozac. Et de l'herbe sur les balcons et des putes
dans les lits. Plus personne ne rit.
Sur l'île Saint louis on croit encore au bonheur mais il n'est plus pour moi parce que je l'ai sali.
Je n'ai pas parlé de toi parce que je t'ai aimé.
