Lie : Leon tu porteras peut-être le ciel avec tes petites épaules qui me font pleurer d’innocence et moi je m’échapperais du monde avec elles.
Mais les hommes nous poursuivrons comme des guerriers, la honte nous poursuivera en rampant, les images que nous sommes et les dérisions que nous avons été resteront ici avec Sicke. Et nous, nous ne ferons que nous tromper. Parce qu’agonisants et trébuchant sans cesse sur les cendres des précédents nous tomberons dans les combats qui suivront, chaque fois plus faibles, et quand nous serons trop las nous moisirons dans la terre lourde de nos pas et de tous ceux des autres, lourde de nos cris et de la souffrance qu’il y a partout éparpillée comme de la poudre dans le ciel qui sera devenu trop lourd lui aussi.
Souffrir…on a beau essayer et lui donner tout notre courage à la souffrance mais elle fini toujours par revenir. Dès qu’on essaye un peu trop elle ferme toutes ces portes, et elle s’en fiche pas mal qu’on ai envie de les défoncer et de lui prouver qu’on est des hommes nous parce qu’elle elle n’entend rien, et alors on a plus qu’à recommencer, et encore, s’il reste de la soif. Et c’est comme l’amour, y’a que des faux combats pour nous autres. On abaisse un peu trop sa garde pour ne pas avoir l’air trop fier, parce que fiers de quoi? Au fond on est bien infîmes devant tout ça, et c’est là qu’elle tire en plein dans le mille, dans les jambes, dans la bite et dans le bas ventre la souffrance qu’elle vient se loger comme un ver, elle reprend tout l’amour et toute la tendresse pour nous punir et elle s’en va vers les autres : les plus forts et les moins faibles et les plus pauvres et tout ce qu’il reste à l’humanité de pas encore trop fébrile, pendant que pour nous c’est la boue et même la boue jusque dans les yeux.
Leon : Lie on se trompe souvent lorsque l’on est aveugle.
Lie : Mais moi on me pendra aveugle comme une chienne morte et visionnaire comme le poète s’il le faut, jamais je ne marcherais trop droit avec elle! Il n’y a plus de place pour les vivants ici.
Leon : Alors nous vivrons ailleurs.
