lundi 29 janvier 2007

1981


Une veille photo sépia qui ne parle à personne. Voilà ce qu’il nous reste. La plupart des personnages ont vingt ans et un verre à la main.
L’âge que nous avons aujourd’hui. Eux, pour la plupart d’entre eux, ce sont nos parents.
Nous, parce qu’à aucun moment en leur compagnie je n’ai pensé exister seule. C’était ça l’intêret, c’était ce nous immuable, qui n’avait aucun sens s’il en manquait un.
Mais revenons à la photographie. J’ai longtemps entretenu un rapport de force inquietant avec les photos. Il me fallait, à chaque occasion, être toujours en possession de mon appareil, et prendre un nombre grandissant toujours de clichés, que je m’appliquais dès mon retour à ordonner selon le mois, le jour, l’événement. Il m’est arrivé de refuser de sortir si je n’étais pas en mesure de pouvoir immortaliser par une photo telle ou telle scène que je présumais comique avant même d’avoir franchi le pas de la porte.

Ainsi voyait-on sur un cliché sépia huit adolescents, tous porteurs de ce qu’on appelait alors la fureur de vivre, tous souriants à la vie qui débutait alors. On y aperçoit ma mère, sa sœur jumelle et le plus jeune de mes oncles.
Impossible de percevoir dans un seul des regards la moindre crainte, nous sommes en 1981, Mitterand est élu président de la République sept mois plus tôt, c’est le premier candidat socialiste que la France voit triompher à la Présidence. On suspend provisoirement les expulsions des étrangers, on abolit la peine de mort et France Telecom lance le Minitel. C’est une France qui à soif de réformes et d’aventures, qui ne veut renoncer à aucun rêves.
Ainsi les voit-on boire, se sourire mutuellement; et je ne cesse d’examiner la photo, pourtant tout paraît parfaitement net et ruisselant de bonheur intact. Je m’imagine longuement les entendre rire, trinquer à leur beauté éternelle, se rappeler les bons moments passés ensemble, j’entend jusqu’à l’impression discrète, masquée par les voix cristallines, de la photograhie.
Avoir vingt ans en quatre-vingt, ça devait quand même être quelque chose.


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