vendredi 4 mai 2007

Street



The streets have no names
You have no name
You don't need a name to be remembered,
Do you?

Bathroom Mania

Elle

Elle se lève pour regarder le ciel d’un pays qui n’est pas le sien. Ces parents sont loin, tout est loin. En France, elle n’est pas chez elle. A Paris, elle n’est pas chez elle non plus.
Mais elle sait d’ou elle vient. Elle trouve des amis qui lui ressemble. Ce sont les parents de ses amis qui ressemblent aux siens, mais ca n’a pas d’importance. Tout le monde est malheureux, tout le monde se plaint, c’est ce qui compte. Sur terre tout le monde ne fait que se plaindre, alors elle se dit que ça va. Avoir mal à la tête, pleurer, ce n’est pas grave.

Double





La coke, on ne l’oublie jamais. En tout cas, on oublie jamais ses mauvais cotés. Je rencontre énormément de difficultés pour me souvenir d’un rail de coke planant, de l’instant T, de la satiété qu’elle provoque. Pourtant, je me souviens avec précision de tous ces matins cardiaques, ces nuits dans les toilettes, ce goût acre au fond de la gorge qui ne vous quitte jamais. Je ne supporte les départs. Une personne qui quitte une pièce, c’est encore un massacre. J’en tremble encore, je transpire systématiquement. C’est quelque chose qui me dérangeait énormement à l’époque, j’avais l’impression que tout mon cadre en était bouleversé. Je me souviens avec dégout de ces rails pris à même le sol, de mes mains fébriles, de mon corps qui ne supporte rien, de mes semaines sans rien manger, de l’émoi pitoyable que je ressentais en ouvrant un sachet neuf. Et le pire, l’impression de ne plus jamais voir le jour. En hiver, si vous vous levez à dix sept heures, vous ne voyez pas le jour. Si vous vous levez à dix sept heures pendant une semaine, vous perdez vite tout espoir de le revoir un jour. On se levait bien plus tard. Tout ça est encore présent en moi. Pour toujours surement.

26

Mon téléphone sonne. Je répond frénétiquement. C’est une frénésie calme, c’est celle de la fin du monde qui a pleinement conscience qu’elle en sera la dernière. Il n’y a que de l’espoir dans les cœurs si jeunes. Il y a cette pureté qui s’ignore, cette débauche proclamée qui n’existe pourtant pas encore. C’est un corps de contradictions. La jeune fille titube très tôt, elle peut maîtriser sa démarche, mais elle n’asservira pas le vent qui la fait vasciller. Alors elle boit. Elle boit fort, elle boit vite. Sa vie, ce sont ces fraises mixées, mises à mort et alcolisées dans un petit verre. Tout est rouge, comme des larmes de sang. C’est bien plus sucré que la vie. Mais c’est la vie qui reprend le dessus et qui déjà escalade les plateformes de bois pour dominer les musiques accablantes. Lorsque son ouvrage est faconné, la vie se range, elle laisse entrer, par une porte qui se dévoile sous ses yeux, toute la violence désordonnée de la fureur. C’est dans une fièvre ardente que ses cheveux se disposent, les uns après les autres, dans une violence pourtant inouie qui ne permet pas de discerner leur séparation, et pourtant, elle se souvient d’une toison d’or dont le soleil a ambré chaque reflet, d’une chevelure de velours blond qui lentement vient épouser les plis discret des draps pour se dérober à tout jamais. Les cheveux murmurent dans les vapeurs du transport. Chaque membres se tort, paralysé par une fièvre que nulle persienne n’a jamais laissé entrevoir. La jeune fille se désarme, elle plonge dans le piège de l’oubli absolu des yeux qui oxygènent. Les mains se cherchent, les lèvres s’évitent pour ne pas se brûler. Chaque mouvement est une arme dangereuse contre la fureur qui se bat contre une vie qui revient dans chaque soupir perdu. Le cou hurle de désir et de douleur. Le cœur s’émiette avec des mots de velours, imperceptibles, ces mots de la frénésie, soufflés, à peine prononcé, ces mots du tabou, dont seul le bruissement dévorant à un sens lorsqu’il fait corps avec deux mains qui s’entrelacent malgré elles. Elan, murmure, inclination.
Quelques secondes. Torpeur. Tout s’achève. La vie salissante, la mort, les larmes de sang même plus sucrées. La jeune fille frissonne une dernière fois dans une langueur dont elle considère désormais chaque seconde. Le souffle n’est plus qu’une voix rauque, les doigts se fuient, les lèvres se heurtent plus qu’elles ne se touchent. Demain, elle aurait pu avoir seize ans. Elle en aura mille.

Constantin's



Il n’ y a rien à prendre ici. C’est la vie qui parle. Je te l’ai déjà dis, je ne suis pas une femme pour toi, je ne suis pas une femme sans toi. On ne vivra rien ensemble, mais nous vivrons toujours ensemble. Infâme crauté, n’est-ce pas. Tout tourne autour de ce malheur. Nous sommes malheureux, nous ne pouvons rien faire, je t’aime et tu me m’aimes pas. Et des trésors de littérature pour une futilité comme celle ci.





Ashes to Ashes


La vue de chez moi


Normal.

Hope.

Tu sais parfois tout s'arrête un peu, c'est comme le vent qui part loin vers l'Atlantique l'été pour revenir nous glacer l'hiver. Mon amour c'est comme ça qu'il va revenir et il te glacera le sang, et jusqu' l'autel il te glacera tous les membres jusqu'au jour ou...c'est l'acalmie avant la tempête mon amour, c'est juste comme rester sous les arbres en attendant la fin des pluies.
Alors ne pleure pas, et arrête de parler comme si plus rien n'allait jamais revenir c'est pas vrai.

Eat & Slim

Marie_

Je suis une pute. Quand je me regarde, je ne pense qu’à ça.
“Regarde tes seins refaits. Ton cul refait. Pute.”
Je me répulse. Les autres n’y croient pas, c’est surement le pire.
24 heures dans la vie d'une pute. Les filles comme moi fascinent le monde entier. Pourquoi on est toujours à poil, comment on a jamais honte. Et est-ce qu'on est heureuses comme ça. Et pourquoi on continue. Je ne vous le dirai pas. Je suis un mythe après tout.
Comment je pourrais en être fière. En fait, c’est simplement leur dernier garde fou avant de se regarder dans la glace en se gerbant dessus tellement ils sont deguelasses, de baiser une gamine de dix-huit ans aux seins aussi énormes que quinze paires de couilles côte à côte qui prétend aimer se faire tirer tous les soirs par tous les plus gros crevards de Marseille.
Mais je dois continuer. Je ne peux plus exister autrement. Le reste, la mie, personne n’y touche. Et heureusement, sinon je serai morte. C’est mon garde fou à moi ça. Les dernières forces pour rester en vie, pour combattre, pour croire encore qu’un jour on aimera me parler.
Le pire, c’est que parfois, j’y crois pour de vrai. Il m’arrive de rencontrer des garçons, de mon âge, ou beaucoup plus vieux, qui ne me regarde presque pas, et qui carressent mes mains et qui me parlent de leurs peines et alors je me met à les aimer, à les aimer désespérement, puis à faire l’amour comme un don, une promesse d’amour merveilleuse qui me délivrera, juste après, quand essouflés, ils me prendront dans leurs bras pour demander un dernier baiser avant le lendemain, puis un dernier, puis un dernier. Mais ils ne demandent rien. Ils se lèvent, vont jeter leur capote, et se tirent fumer une clope près de l’ordinateur.
Et je ne peux pas les détester. J’aime ces hommes, j’aime leur force, leur toute puissance. Et j’aime ma faiblesse. J’aime qu’ils me dominent, j’aime qu’ils me torturent, j’aime la terre. Le sol, la merde.

(2007)




Palais de Tokyo








Love



Eva_

Je me suis trompée.
Je pensais qu’on ne se trompait plus à vingt ans. Vingt ans, si on calcule, huit ans de flirts, quatre de baise, le triple de partenaires, on multiplie tout ça par dix, ca donne un nombre approximatifs de garçons qui ont compté plus de trentre secondes pour une raison ou pour une autre, que j’ai déjà embrassé ou que j’ai déjà rêvé d’embrasser.
Autant de temps passé à réfléchir, à se poser des questions, à vouloir détourner l’amour, le contourner, le contrôler, surtout. Ca ne marche pas, ça, je le sais. Mais ça se travaille. Plus on grandit, et plus on se méfie, on prend du temps, on recherche de la vérité partout comme si elle allait nous sauver du suicide. On ne couche plus avec n’importe qui à vingt ans. On sait ce qu’on vaut, on ne prend plus de risques. C’est surtout qu’on les connait trop pour ne pas en tenir compte. Et bien là, pour une fois, pour voir, j’ai pris des risques.
J’ai baissé ma garde. Une semaine, un jour.
Et je me suis faite baisée comme une débutante.
Comme une pucelle qui a peur, qui ignore tout des hommes et qui n’a qu’un coeur pour vivre. Les hommes mentent, mais les femmes les écoutent mentir. C’est bien fait. Elles n’ont qu’à être moins connes. A. puait le vice et le mensonge. Je l’ai toujours su.
Je l’ai toujours su et quand il m’a dit que c’était faux je l’ai cru. Comme ça, en deux secondes, il était Dieu. J’avais surement envie de le croire, parce qu’il était beau et qu’il parlait d’une voix sublime et qu’il souriait et qu’il était intelligent et qu’un homme intelligent qui sourit avec cette voix vous fera croire n’importe quoi, pas la peine de se débattre.
Alors j’ai cru à sa pureté. Le grand complot contre le pauvre petit A. qui n’a jamais fait de mal à personne et qui ne se drogue pas et qui veut juste pouvoir s’acheter un appartement. Tellement touchant. J’ai failli pleurer.
Connard de menteur. Connard de drogué. Connard d’obsédé.
Maintenant je suis comme une conne, je ne peux pas faire un pas dans la rue sans penser à lui et à sa voix de débile mental, à ses yeux d’archange qui frôlent l’infini. Tout ressemble à A, des vélos, des chiffres, des maisons, des couleurs, des notes de musiques, des chiens, des putes, des hopitaux. Il est plus fort que Jésus.
Il ne m’a jamais rappelé. Et il a raison. J’aurai fait pareil, sans la moindre scrupule. Maintenant il doit bien se marrer, tout seul dans son appartement minable ou tout s’envole. Tu es aérien, je me répète ça toute la journée. Tu es aérien. Tout de suite il s’envole aussi, il est plus intouchable que l’air, plus vital que l’air. L’imaginer rire, pour l’instant ça me suffit. Parce que ça ne va pas durer. Je ne l’aime plus. Il n’est pas aérien puisqu’il couche avec des tonnes de filles plus que terrestres, des putes de troisième classe qui me donnent la nausée, des idiotes vulgaires et vulgarisantes. Elles me donnent envie de vomir. Je vaux mieux que ça.. A. me fait penser à tous ces mongoliens profonds qui se font appeler artistes parce qu’il ont pris une photo d’une japonaise en minijupe en latex rouge sur des morceaux de viande. On lui donne du feu il prend les cendres. Crétin.
Et il ne m’appelle toujours pas.

(2006)



(Xavier et Caroline, 2005.)

Music


Un Grand Jardin Avec Piscine (BETA)

UN GRAND JARDIN AVEC PISCINE



Lie
Dairy
Adovk
Sicke
Dionosie


Acte 1, Scène 1.

Un grand jardin avec piscine. Un four chauffe et Sicke court autour dans un mouvement circulaire répétitif. Dairy et Lie lisent chacun une revue sur des chaises proches du four.

Sicke : We’ll all dicke, we’ll all dicke, we’ll all dicke.

Dairy : Mais il ne va jamais s’arrêter!

Lie : Nous pouvons l’ignorer.

Sicke : We’ll all dicke, we’ll all dicke.

Dairy : Il continue.

Lie : Mais il s’épuisera.

Dairy : Et il se taira alors?

Lie : Nous ne l’entendrons plus.

Dairy : Personne ne l’entend.

Lie : La torture des hommes est sans fin.

Dairy : Sicke ne souffre pas.

Lie : Sicke n’est plus un homme, il balbutie toute la journée.

(Sicke s’arrache un cheveu, qu’il jette dans le feu en le regardant brûler)

Sicke : Dead. Dead. Dead. Dicke!

Dairy : Il ne s’arrêtera donc jamais!

Lie : Ne l’écoute pas. Les cris sont invisibles.

(Lie frappe gentiment Sicke sur la tête, qui reprend sa course autour du four).

Dairy : Mon amour?

Lie : Oui?

Dairy : Te souviens-tu de notre départ pour l’Amérique?

Lie : Nous étions encore vivants?

Dairy : Plus que jamais!

Lie : Oui alors.

Dairy : Nous écoutions cette vieille musique que j’avais jouée à Paris.

Lie : It’s never gonna be Paris anymore.

Dairy : Je t’avais dit cela?

Lie : Oui. (pause). Mais c’était déjà Paris pour toujours.

Dairy : Pardon, je t’ai fait du mal.

Lie : Tu ne m’as jamais fais de mal.

Dairy : Tu as souvent pleuré.

Lie : Tu l’as cherché.

Dairy : J’ai eu peur de pleurer aussi.

Lie : Mais tu n’as pas pleuré. Moi oui.

Dairy : Moi j’ai été fort. Tu es plus faible que les brindilles du bois. Tu passes ta vie à t’effondrer.

Lie : Asshole.

Dairy : Tu dis simplement ça car je dis vrai.

Lie : Tu dis ce qui t’arranges.

Sicke : We’ll all dicke.

Lie : La ferme!

Dairy : Tu t’énerves pour si peu.

Lie : Le monde m’énerve. Ça n’est pas peu.

Dairy : Tu t’énerves plus qu’il n’est plein, dans ce cas.

Lie : Tu as réponse à tout.

Dairy : Parce que tes questions les appellent.

Sicke : I’m Sicke.

Dairy : Did he say I’m sick?

Lie: Non. Il a dit I’m Sicke.

Sicke : Sicke!

Dairy : Sicke est peut-être malade.

Lie : Il ne l’est pas plus que moi.

Dairy : Ca ne veut pas dire qu’il ne l’est pas!

Lie : Tu insinues que je suis égoïste. Sicke lui ne connaît rien au monde. Il est né avec son chapeau sur la tête. Il a gardé ce chapeau toute sa vie, tout se résume à trente centimètres de tissu pour Sicke…et tu voudrais me faire pleurer? La misère du monde est si loin, Dairy…

Dairy : Elle est toute entière dans tes yeux.

Lie : Mes yeux sont pleins de toi, ils ne voient plus rien.

Dairy : Et je te rends triste?

Lie : Oui.

Dairy : Tu es une pleurnicharde.

Lie : Et toi un monstre.

Sicke : Sicke. Sicke. We’ll all die.

Dairy : Bon Sang! Il est agaçant!

Lie : Il sait quand il doit parler.

Dairy : C’est inutile s’il répète toujours les mêmes bêtises.

Lie : Tu commets bien les mêmes erreurs, laisse le parler.

Dairy: Ca a le mérite d’être dit.

(Dairy se lève, va se servir un cocktail au bar et en apporte un pour Lie, qui le regarde avec mépris avant de le lui jeter à la figure.)

Dairy : Tu ne changeras donc jamais.

Lie : Je te déteste. Tu veux toujours me faire boire.

Dairy : Tu m’ennuies moins quand tu as bu.

Lie : Parce que j’oublie l’Amérique.

Dairy : Tu étais une reine là-bas.

Lie : Je le suis toujours.

Dairy : Pas pour moi!

Lie : Je t’aimerai toute ma vie.

Dairy : Je le sais, petite fille.

Lie : Tu m’appelais comme ça avant…

Dairy : Tu étais jeune.

Lie : Et toi affreux.

Dairy : J’étais heureux avec toi.

Lie : Moi non, tu m’ignorais toujours.

Dairy : J’ai été malheureux le jour où je t’ai vraiment regardé.

Lie : Moi aussi, mais c’était avant toi, j’ai été malheureuse plus longtemps.

Dairy : Tu portes le malheur dans tes yeux, je te l’ai déjà dis.

Lie : Tu ne les regardes jamais.

Dairy : Je t’aurai trop aimé, tu le sais.

Sicke : We’ll all die. I’m Sicke, take me home.

Dairy : Voilà qu’il change maintenant!

Lie : Il sait pourquoi. (pause). Sicke, tu sais pourquoi, n’est-ce pas?
(Sicke s’arrête brusquement de tourner, il fixe Lie avec insistance et dévotion.)

Sicke : No. No. No. Never.

Lie : Sicke, ne fais pas l’enfant.

Sicke : Take me home.

Lie : This is your home.

Sicke : This is HELL.

Lie : This is home.

Dairy : Il souffre peut-être.

Lie : Peu importe, il ne vivra plus beaucoup.


Acte 1, scène 2

(Lie et Dairy sont dans un salon très moderne. Lie porte des lunettes de vue, Dairy est nu dans sur un fauteuil type Louis XV.)

Lie : Donne moi ce fauteuil.

Dairy : Il ne te ressemble pas.

Lie : Tu plaisantes!

Dairy : Je ne plaisante jamais.

Lie : Tu devrais.

Dairy : Je n’ai pas le temps.

Lie : Nous avons l’éternité. Donne-moi ce fauteuil.

Dairy : Tu attends des visites?

Lie : Je porte des lunettes.

Dairy : Quelle est la différence?

Lie : Le problème, pas la différence.

Dairy : Cela va sans dire.

Lie : alors dis le correctement.

Dairy : Sicke ne le fait pas.

Lie : Tu n’es pas Sicke, Dieu soit loué.

Dairy : Tu aimes ce garçon plus que moi.

Lie : Il est transsexuel.

Dairy : Tu ne l’aimes pas pour ça. Tu ne rêves plus depuis longtemps.

Lie : Depuis toi.

Diary : J’aimerais te quitter Lie.
Lie : J’en mourrais.

Diary : Tu ne mourras de rien.

Lie : Tu m’as tuée avant l’Amérique.

Diary : Cesse de parler de l’Amérique. C’était une autre vie.

Lie : c’était la vie qui avait un sens.

Diary : Elle n’avait aucun sens.

Lie : Nous aimions cette vieille voiture. Il y avait des paysages plein d’espace.

Diary : Tu en demande trop, l’espace devrait être infini avec toi!

Lie : Ca n’est pas trop. Je ne veux pas me contenter d’étroitures, et d’une vie si
loin de l’Amérique, et de toi qui est si petit. Je refuse. Je te refuse et je refuse le monde.

Dairy : Tu parles comme dans les livres.

Lie : Partons. Il y d’autres Amérique ou nous pouvons être jeunes pour toujours.

Dairy : J’ai trente-cinq ans.

Lie : Et moi vingt-cinq.

Dairy : Pars seule.

Lie : Seule je ne vivrais pas. Tu sais tout cela…tu sais toujours tout et tu continues à rester alors que je souhaite ta mort depuis le jour où tu m’as embrassé. Tu es plein de venin. Voilà pourquoi Sicke est toujours agité quand tu es là. Il sent ton venin, il le craint comme la peste que tu es.

Dairy : Mon amour…

Lie : Je ne suis ni amour ni paix. Je pense toujours à ton venin, il vient m’encercler comme une fumée d’encens dans tous mes rêves, ce venin qui est tien des racines à la moelle, ce venin sans lequel tu n’es que cendres…

Dairy : tu es dure avec moi.

Lie : tu ne l’es plus avec moi.

Dairy : (amusé) A quoi bon?! Tu resteras quand même!

Lie : Ta suffisance…
(Pause. Dairy ôte les lunettes de Lie et la regarde en souriant. Lie le repousse.)

Dairy : Comment veux-tu que je t’aime si tu me repousses toujours!

Lie : (en colère) J’y arrive bien moi!

Dairy : Toi, toi, toi. Le monde porte ton nom.

Lie : Le monde est un mensonge. Tu es un mensonge.

Dairy : Et toi tu es la vérité. Je t’aime que pour ça: parce que tu es la vérité, que tu la porte en bandoulière comme ton enfant, et comme moi je porte le venin.

Lie : En Amérique tu étais la vérité toi aussi.

Dairy : Tu changes toujours d’avis, tu es comme la vérité.

Lie : Tu n’interdis pas au monde de changer.

Dairy : Je ne te l’interdis pas non plus. Mais tu es pleine de vent.

Lie : Je ne bougerais pas d’ici pourtant.

Dairy : Je n’ai pas dis que tu étais le vent.

Lie : Tu le penses.

Dairy : Tu es prétentieuse.

Lie : Parce que je t’ai près de moi. Tu ne serais pas là si je n’étais ni vent ni vérité.

Dairy : Je suis là parce que tu m’aimes et que tu es belle.

Lie : Mais je suis aveugle.

Dairy : Pas pour de vrai, petite fille.

Lie : Et si je l’étais?

Dairy : Alors je partirais.

Lie : Tu ne m’aimes pas.

Dairy : Pas autant que toi.

Lie : C’est injuste.

Dairy: Tu n’es pas juste non plus, arrête de te plaindre.
(Lie replace ses lunettes et reprend sa lecture.)

Dairy : Petite fille.
(Lie l’ignore, elle semble plongée dans sa lecture. Dairy quitte la pièce.)

Lie : Un, deux, trois, évangélique et triste, le cheval brun quitte les tréfonds pour la plaine. Un deux trois, partisans du mal et archevêque des larmes. Un, deux, trois, médaille en papier, ustensiles de cuisines.
(Sicke entre en titubant).

Lie : (furieuse) SICKE!!!!


Acte 1, scène 3


(Lie et Sicke sont assis dans un boudoir face à face. Sicke est tête baissée, Lie en tenue légère, une cigarette dans son fume cigarette dans la main droite.)

Lie : You have to stop drinking. It makes me sick.

Sicke : I have to stop drinking. It makes me Sicke.

Lie : Don’t molest me Sicke.

Sicke : Don’t molest me Sicke.

Lie : Is this what is gonna be like?

Sicke : Belike. Belike.

Lie : You know I didn’t mean to say belike. You seem to think it’s funny not to respond. This is definitely not funny. Stop drinking.You are full of shit.

Sicke : I love you Lie.

Lie : I love you too. But you are stupid.

Sicke : Spastic.

Lie : Stop saying Spastic.

Sicke : Spastic.
(Sicke se met à répéter “Spastic” en hurlant dans la pièce avant de s’enfuir en courant, se tapant les mains sur la tête. Entre Doinosie.)

Dionosie : Quel vacarme!
(Lie tire nerveusement sur son fume cigarette, puis y replace des cigarettes machinalement durant toute la conversation.)

Lie : Bonsoir.

Doinosie : Tu ne dors pas?

Lie : J’essaye de résonner Sicke, je ne dors jamais quand il est là.

Dionosie : Mais Sicke est moins fou que toi.

Lie : Voilà pourquoi je ne dors pas. Son bon sens me consterne.

Dionosie : Tu ne peux pas rire toujours des mêmes choses.

Lie : J’apprends à le faire. Je ne parle pas de rire.

Dionosie : Moi si, cela n’est pas insensé pour autant.

Lie : Ah! Tu es venu me fatiguer?

Dionosie : Je ne me permettrais pas.

Lie : Tu n’as rien à te permettre. Tu es un moins que rien. Tes organes sont tous rongés.

Dionosie : Je le sais. J’ai apporté du cognac.
Lie : Je le boirais. Tu peux partir.

Dionosie : Tu es cruelle.

Lie : Je suis juste.

Dionosie : Tu es justement cruelle, alors. Au revoir.

Lie : Imbécile.

(Dionosie quitte la pièce, Lie aspire une dernière bouffée en ouvrant la bouteille de Cognac.)


Acte 1, Scène 4

(Dairy entre dans le boudoir, furieux. Lie allume une nouvelle cigarette et prend une pose lascive sur le divan.)

Dairy : Tu as encore malmené ce pauvre Dionisie!

Lie : Va! Il se malmène bien assez lui seul! (ouvrant la bouteille). Il a apporté ça, buvons le, qu’il ne reste pas une trace de ce malpropre dans cette pièce.

Dairy : Sers moi.

Lie (jetant un verre sur le visage de Dairy) : Jamais!

Dairy : Je me servirais moi-même.

Lie : Tu ne fais que ça, te servir seul, me tourmenter tous les jours davantage. Je suis enfermée dans cette bouteille, pleine d’alcool, pleine d’amertume, opaque et imbuvable, et tu te sers tous les jours comme un assoiffé pour me vider, mais je me remplis sans cesse Dairy, tu ne videras rien. Tu vas me boire jusqu’à l’ivresse. Tu vas boire jusqu’à la mort. Par négligence j’oublierai de remplir la bouteille et je m’assècherai.

Dairy : Alors j’aurai gagné!

Lie : Ivrogne.

Dairy : Ivre de toi.
(Lie esquisse une grimace en buvant le cognac. Ils se regardent l’un l’autre sans rien dire pendant quelques secondes, en buvant leurs verres et en tirant sur leurs cigarettes.)

Lie : que serait-il arrivé si nous nous étions aimé?

Dairy : Ce qui arrive maintenant puisque nous nous aimons.

Lie : Je ne t’aime pas moi.

Dairy : Tu serais morte si tu ne m’aimais pas.

Lie : Je suis déjà morte, pourtant je ne t’aime pas.

Dairy : Alors, va, meurt, ne m’aime pas, aime-moi, fais ce qu’il te plairait. En quoi cela m’importerait-il puisque tu ne cesse de tourner comme un manège! Tu cours toute la journée après des idioties, après les petits chevaux immobiles qui tournent et plus rien n’a de sens. Tu as gagné, je ne t’aime pas. Mais tu ne seras jamais quelqu’un pour personne Lie. Pour ça il faut exister. Et toi tu n’existes pas puisque tu as toujours mal à la tête où quelque part et ça te fait dire des bêtises, et alors tu penses toujours le contraire de ce que tu affirmais plus tôt, et alors tu décides de courir après les manèges. Mais eux ne pourront jamais s’arrêter, toi tu vas mourir en les suivant, eux continueront.

Lie : C’est juste.

Dairy : Evidemment.

Lie : Tu ne me fais plus l’amour. Même les idiotes font l’amour.

Dairy : Tu n’es pas idiote. Je fais l’amour à Marietta tous les jours.

Lie : Encore!

Dairy : Marietta ne court après rien.

Lie : Après ton foutre!

Dairy : Tu es vulgaire.

Lie : C’est comme ça qu’est Marietta. Un corps plein de promesses et des yeux avides de foutre.

Dairy : Ton corps aussi est plein de promesses Lie.

Lie : Mais les promesses se perdent dans les lymbes. Sors d’ici, je suis ivre.

Dairy : J’ai payé pour ce boudoir.

Lie : Et moi payé de mes tripes la présence de Dionosie en ces lieux. Laisse le cognac et sors.

Dairy : Tu es ma femme, je te commande.

Lie : Alors sors là.

Dairy : Quoi?

Lie : (avec insistance) Sors là.

Dairy : (étonné) Quoi??

Lie : Tu es trop vieux pour moi.

Dairy : (imperturbable) De quoi parlais-tu?

Lie : Appelle Sicke et vérifie qu’il ne soit plus ivre. Sors maintenant, j’aimerais boire.

(Dairy sort, on entend les cris de Sicke au loin. Lie allume une nouvelle cigarette, se farde le visage, touche chacun des objets présents dans le boudoir comme si elle recherchait quelque chose, enfin elle se sert un verre de cognac.)



Acte 1, scène 5


(Sicke pousse la porte accompagné de Dairy et Dionosie)

Lie (furieuse) : A quoi cela rime-t-il? Dionosie, sors d’ici!

Dionosie : Je suis ici car Dairy me l’a commandé.

Lie : Dairy ne commande rien.

Dairy : (léger sourire) Je contrôle ton coeur petite fille, voilà la clé!

Lie : Enfoiré.

Dairy : (sourire appuyé) Ta haine est celle des faibles qui quémandent du pain sans qu’on leur donne.

Lie : (pleine de rage) Mon pain crisse sous mes dents et bientôt il te réveillera la nuit.

Dairy : (hilare) Pas cette nuit, ne t’en fais pas!

Sicke : We’ll all dicke. I’m Sicke.

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